Mon confinement en Colombie

Mon confinement en Colombie

Chronologie de la situation:

 

C’est le 3 mars que je suis arrivée en Colombie après un périple de trois jours entre connexions ratées à Madrid et Bogota, puis l’annulation de tous les vols dans ce même aéroport pour cause de mauvais temps.

…Bref j’en passe, problème de code de sécurité bancaire qui a bien failli me bloquer à Madrid sans moyen de paiement…

Notre anniversaire de rencontre:

 

En fait j’avais dû calculer mon itinéraire en fonction de plusieurs facteurs:

  • La météo dans l’hémisphère Sud.
  • Les périodes les moins chargées en Tourisme et donc en prix.
  • Les soucis de réservations d’un Van en Nouvelle-Zélande.
  • La fréquentation des campings dans les Rocheuses au Canada.

Ainsi, en procédant par éliminations, et en me concentrant sur mes essentiels, je devais partir vers l’Amérique de Sud, et je fis le choix de faire un crochet par la Colombie avant de rejoindre l’Argentine.

C’est de cette manière que nous avons pu fêter notre anniversaire de rencontre avec Estela à Cartagena le 9 mars.

Tout va bien…

 

J’ai retrouvé Estela, mon Ami également Résident en Colombie, et nous avons profité de Cartagena, ses plages, week-end à Turbaco à l’Hotel Campestre Villa Marta

Nous avions projeté de nous rendre au Festival International du film visionner un documentaire.

En deux jours nous étions bloqués:

 

Le jour de cette diffusion, les nouvelles venues de Chine et d’Europe se sont très rapidement répandues, et le Maire de Cartagena a décidé d’annuler le Festival.

Le lendemain, le 14 mars 2020, la ville fermait bars, restaurants, discothèques, transport maritime, plages avec des Policiers dans les miradors pour surveiller le respect de ces mesures.

C’est le 17 mars que la ville toute entière a été fermée, la population confinée totalement, puis ce fût au tour du Président Ivan Duque le 25 mars d’annoncer l’état d’urgence National.

L’aéroport Raphael Nunez était encore en service, mais avec peu de vols, essentiellement le retour des Américains.

Je voyais des gens passer dans la rue avec leurs valises, sacs à dos…et je commençais à comprendre que la situation s’aggravait.

La décision à prendre:

 

Que faut-il comprendre? Que faut-il faire? Ne pas faire?

C’est à peu près à cette date que j’avais projeté la suite de mon voyage, vers l’Argentine pendant un mois, puis pour la semaine Sainte, Estela me retrouvait au Chili, à la suite de quoi je filais au Mordor boire l’apéritif avec Gandalf et les Hobbits.

Trois choix s’opposaient à moi:

  • Tenter de rentrer en France rapidement.
  • Continuer vers l’Argentine.
  • Rester en Colombie, avec Estela et attendre que cela passe.

Le Président confinait le pays jusqu’au 13 avril seulement.

Finalement, j’ai décidé ceci:

  1. Prévenir l’Ambassade, qui invitait les gens soit à rentrer dans les 48H pour ceux qui le pouvaient, soit rester si nos conditions de vie étaient acceptables.
  2. J’ai rempli le formulaire en expliquant ne pas souhaiter prendre de risque pour les autres et pour moi-même en voyageant, et que je pouvais attendre que cette situation s’arrange.
  3. Rester en Colombie avec Estela plutôt que prendre le risque de me retrouver dans une situation incontrôlable en Argentine, ce qui aurait été le cas…Seul dans un pays très cher où le Français était devenu Persona Non Grata.

Le confinement (Aislamiento):

 

Le confinement a été repoussé de deux semaines à cinq reprises, pour une sixième fois fin mai: Tout le mois de juin!

Le pays, qui avait initialement fermé ses frontières terrestres, maritimes et aériennes jusque fin mai, puis fin juin, finalement jusqu’au 1er septembre, s’est renfermé sur lui-même ne laissant que peu d’alternatives à la population, l’économie, les Touristes, les Résidents, les Etudiants etc…

A chaque prolongation de durée de confinement, les mesures évoluées, comme vous pouvez le voir sur les 4 images ci-dessus:

Le dernier chiffre du numéro de carte d’identité, ou passeport est utilisé pour définir qui peut sortir, et uniquement pour faire des courses de produits de premières nécessités.

Ainsi, un tableau est dressé avec une correspondance entre chiffre et jour de la semaine définis par la Mairie:

Parmi les exemples et évolution des mesures:

  • 2 à 3 sorties hebdomadaires au début entre 6h et 16h
  • 2 sorties hebdomadaires entre 6h et 16h
  • Hommes les jours pairs
  • Femmes les jours impairs
  • Pour terminer avec seulement 3 sorties au mois de juin.
  • La vente d’alcool a été réglementée dans les magasins
  • Les week-ends: 2 voir 3 jours de confinement total

Nous vivions en Airbnb, car Estela était à la recherche d’un appartement, qui s’est avérée très compliquée, les co-propriétés n’acceptant plus de locataires jusqu’à nouvel ordre.

Il a fallu composer avec une chambre, une poêle à frire, un jardinet, jusqu’à 46°c de température ressenti pendant trois mois. 

Mais je dois dire que cette expérience nous a été bénéfique sur bien des points…

La solidarité:

 

Dès le début, j’ai cherché à me rendre utile, et savais que la situation de beaucoup de Colombiens allait très rapidement se dégrader, ce qui pendant trois mois m’a aussi aidé à relativiser.

Avec Estela nous avons rejoint une Association d’Aide aux Femmes de Cartagena, participé à chaque étape du projet et distribué des sacs de nourriture dans les quartiers populaires.

…Mais je ne m’étalerai pas plus sur ces actions…

 

 Le temps de rentrer:

 

Je suis resté bloqué 3 mois …

Mes espoirs de poursuivre ma route étaient vains depuis un moment.

Le pays étant fermé jusqu’en septembre, reprenant théoriquement mon travail début août, cette situation prenait des proportions qui paraissaient hors de contrôle.

Et puis un jour, une jeune femme m’a contacté pour monter un groupe whattsap et Facebook de Français bloqués en Colombie.

C’est à ce moment là que j’ai été informé des galères que rencontraient beaucoup de gens quant à leur retour en France.

Certains tentaient de rentrer depuis les premiers jours, d’autres, Etudiants terminaient leur année d’étude Franco-Colombienne, des Enseignants arrivaient en fin de cycle, certains perdaient leurs emplois en France…Etc

En intégrant ces groupes, un élan de solidarité s’est crée entre des centaines de personnes dans un but commun: rentrer au pays.

Car quand l’Ambassade fin mars a informé le Gouvernement que seuls une trentaine de Français étaient à rapatrier, nous étions en fait 2000.

La différence de dates de confinements entre Cartagena et le reste du pays n’a par exemple pas permis aux personnes bloquées dans le nord de rejoindre la capitale à temps, puis les couacs des compagnies aériennes, billets reportés puis annulés, remboursés pour certains, ce sujet est très complexe .

L’annonce d’un retour possible:

 

Le 8 mai, lendemain de mon anniversaire, j’ai décidé de modifier mon formulaire et informer l’Ambassade de France à Bogota de mon désir de rentrer pour des raisons professionnelles et logistiques.

Trois semaines plus tard, le Consul Honoraire de Cartagena m’écrivait qu’une place était disponible si je le souhaitais dans le vol KLM Bogota-Amsterdam du 3 juin. 

Après quelques ennuis techniques, nous avons pu former un groupe sur Cartagena et la région pour descendre en bus sur la capitale.

En à peine deux jours il a fallu organiser le voyage et partir.

Le retour:

 

A l’annonce du Président quant à la possibilité d’acheter des billets pour septembre dès le 1er juin, Estela a ainsi pu prendre le sien pour venir en France.

Pour ma part, je suis monté dans le bus le 2 juin pour ce qui aura été le plus long voyage de ma vie jusqu’à ce jour:

  • 25h de bus (1 arrêt pour casse de roue)
  • 6h d’attente à l’aéroport
  • 13h de vol jusqu’à Amsterdam
  • 1 journée et 1 nuit à l’Hotel
  • 1h30 de vol pour Bordeaux
  • 5h de voiture pour rejoindre ma destination de quatorzaine

3 jours et demi de voyage, j’ai dormi 14h et 10 minutes la première nuit de mon arrivée.

La situation dans le monde:

 

Le rapatriement des Voyageurs (de passage) en Colombie touchera à sa fin le 24 juin, restant encore des Résidents ou Voyageurs non enregistrés par choix.

Après avoir intégré différents groupes à travers le monde, je connais la situation compliquée dans divers pays, certains devront attendre jusqu’à fin juillet voir fin août pour espérer un éventuel retour.

Beaucoup de Colombiens sont bloqués en France, parfois dans une situation de précarité extrême.

La création des groupes sur les réseaux sociaux ont permis:

  • De créer la solidarité
  • Informer, rechercher, consoler
  • Créer et organiser les sous-groupes sur les retours vers Bogota
  • Jusqu’à la destination finale…

Le combat – La réalité:

 

Il aura fallu mettre quelques pressions sur les Pouvoirs Publiques, lancer 2 pétitions, diffuser au Gouvernement et aux Députés l’état des lieux de la situation, qui de part les dysfonctionnements des rapatriements a fait l’objet d’une proposition de Loi à l’Assemblée.

Les Compagnies Aériennes ont beaucoup spéculé:

  1. Pétition pour rapatrier les Français: ICI
  2. Pétition pour remboursement au prix normal du billet: ICI

 

Questions, réflexions diverses rencontrées et entendues:

 

  • Pourquoi n’êtes vous pas rentré quand c’était possible?

Eviter la diffusion du Virus, certaines personnes bloquées au nord n’ont pu rejoindre Bogota à temps, l’espoir que la situation soit de courte durée, trop de monde dans les aéroports dû à la panique de ces annonces…

  • Tu as choisi de voyager, donc tu assumes!

J’ai assumé bien-sûr

Un militaire a choisi son métier, pas de se faire tuer!

Une infirmière a choisi de soigner, elle n’a pas à assumer les papiers sur sa porte d’appartement lui exigeant de quitter les lieux.

  • Et si c’était à refaire?

Je ne changerais rien!

Car ce confinement m’a fait développer une forte résilience.

J’ai crée de nouvelles amitiés.

Au travers de l’Aide, je me suis senti humain.

Et plus que tout, cette étape de ma vie m’a laissé beaucoup de temps à la réflexion, l’analyse de mon environnement, mes capacités d’adaptation, et m’a donné toutes les armes pour construire mon futur.

Ma vision sur cette crise:

 

D’un œil extérieur, qu’il soit en Russie, au Népal, en Colombie ou ailleurs, j’ai vu et côtoyé beaucoup de pauvreté, d’inégalités mais aussi beaucoup d’amour et de solidarité.

A 10 000 kms de mon pays, je suis resté informé quotidiennement sur l’évolution de cette crise en Asie, en Europe ou en Amérique.

Je n’ai jamais eu peur de ce phénomène, mais plutôt du comportement de certains êtres humains, avant, pendant, et aujourd’hui.

25 000: C’est le nombre d’êtres humains  qui meurent de faim chaque jour sur cette planète, et nous savons comment arrêter çà!

Entre 300 000 et 700 000: C’est le nombre de morts annuel dû à la grippe saisonnière dans le monde.

Etc…Etc…

Alors avec quelques 450 000 morts du Covid à ce jour sur quelques mois…avec qui plus est, un vaccin à l’étude, je ne vois pas de raison de sombrer dans le délire collectif.

La question que je me pose par contre:

Combien de personnes sont mortes inutilement depuis le début de cette crise? (Suicides, meurtres, violences faites aux femmes, etc…les dommages collatéraux)…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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